Réglementation

Forbearance : détecter la fragilité financière avant le défaut

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25.05.2026

Les dernières évolutions réglementaires sur la forbearance ont mis l'accent sur la gestion proactive des clients en difficulté, qui devient un enjeu majeur pour les banques et les sociétés financières.

L'idée : détecter les signaux de fragilité d'un client, analyser la capacité de remboursement, intervenir rapidement en proposant une solution au client et éviter qu'il ne se retrouve en situation d'incapacité totale de remboursement. C'est tout l'enjeu des banques et ça change en profondeur la façon dont elles gèrent le risque crédit.

C'est quoi la forbearance ?

La forbearance désigne une concession accordée par un prêteur à un emprunteur en difficulté financière. Concrètement, la banque modifie temporairement ou définitivement les conditions d'un prêt pour aider le client à s'en sortir, sans que la situation ne dégénère en impayé définitif.

Ces concessions peuvent prendre plusieurs formes : report de paiement (moratoire), réduction des mensualités avec paiement des intérêts uniquement, allongement de la durée du prêt, réduction du taux d'intérêt ou, dans les cas extrêmes, abandon partiel de la dette.

Période de cure :

Un dossier classé "forborne" reste dans cette catégorie au minimum 2 ans, même si le client reprend ses paiements normalement. C'est ce que l'EBA appelle la "période de cure".

Pourquoi c'est un enjeu financier direct pour les banques

Chaque dossier client est classé dans ce qu'on appelle un bucket de risque, c'est-à-dire une catégorie qui reflète le niveau de danger que représente ce client pour la banque. Ce classement détermine combien la banque doit provisionner, autrement dit mettre de côté en prévision d'une perte potentielle.

  • Bucket 1 — Situation saine : provisionnement quasi nul
  • Bucket 2 — Risque intermédiaire : environ 10 %
  • Bucket 3 — Situation fortement dégradée : jusqu'à 50 %

En clair : plus un client se retrouve en difficulté, plus la banque doit bloquer une partie de ses fonds pour couvrir le risque. Et ça pèse directement sur ses résultats financiers. L'objectif de la forbearance est précisément d'éviter cette dégradation, et de ramener le client à une situation normale le plus vite possible pour libérer ce provisionnement.

Ce que ça change concrètement : le lien avec les règles prudentielles

Pour bien comprendre l'enjeu, il faut saisir une règle de base : les banques ont l'obligation de garder une réserve de capital proportionnelle à leurs risques. Plus leurs prêts sont risqués, plus elles doivent mettre de côté. C'est ce qu'on appelle les règles prudentielles, définies par Bâle III au niveau international.

L'indicateur clé, c'est le ratio CET1. Pensez-y comme le "niveau de solidité" de la banque, exprimé en pourcentage. Les régulateurs imposent un seuil minimum, en général autour de 10,5 %. En dessous, la banque est considérée comme fragile.

Qu'est-ce que ça a à voir avec la forbearance ? Tout. Voici la mécanique en trois temps :

  1. La banque accorde une concession (réduction de taux, annulation partielle de dette...).
  2. Elle y perd de l'argent. Réglementairement, cette perte est comptabilisée comme un défaut, même si le client continue à rembourser.
  3. Elle doit donc immobiliser plus de capital pour couvrir ce risque. Mécaniquement, son ratio CET1 baisse. Et un ratio CET1 qui baisse, c'est moins de capacité à prêter à d'autres clients, et une image moins solide vis-à-vis des régulateurs.

Important

Chaque concession accordée a un coût direct sur le bilan de la banque. La détection précoce est d'autant plus importante : plus on intervient tôt, plus la mesure est légère, et moins elle pèse sur les ratios.

La contrainte clé : agir vite après la détection d'un signal

Dès qu'un signal de fragilité est détecté chez un client (retard inhabituel, rejet de prélèvement, baisse de revenus visible...), la banque a moins de 30 jours pour réagir. Passé ce délai, le dossier peut être automatiquement requalifié dans une catégorie de risque plus élevée, ce qui entraîne une hausse du provisionnement.

C'est pourquoi le suivi des indicateurs se fait au quotidien, et la détection doit être automatisée. Une revue manuelle mensuelle ne suffit plus.

Comment ça fonctionne en pratique

  1. Détection automatique des signaux faibles : scores et algorithmes analysent chaque jour les comportements : retards, rejets de prélèvement, décroissance des flux entrants.
  2. Analyse de la situation : la banque évalue si la difficulté est temporaire ou structurelle, et quelle mesure appliquer.
  3. Intervention préventive : action automatique ou prise en charge par une équipe d'accompagnement, selon la gravité du signal.
  4. Retour à la normale et déprovisionnement : si le client retrouve une situation saine après la période de cure (minimum 2 ans), la banque peut reprendre le provisionnement à la baisse.

Le risque à éviter : utiliser la forbearance pour cacher des mauvais dossiers

Mal utilisée, la forbearance peut devenir un outil de maquillage comptable. Plutôt que d'aider un client vraiment en difficulté, la banque s'en sert pour éviter de reconnaître qu'un prêt est irrécupérable : elle reporte les échéances, restructure la dette, et maintient artificiellement le dossier en vie. On parle alors de zombie lending, littéralement "prêt zombie".

Le problème : la perte est là, elle est juste cachée. Et plus elle s'accumule, plus elle fragilise le bilan de la banque. C'est pourquoi la réglementation européenne encadre strictement les conditions dans lesquelles la forbearance peut être appliquée, avec des règles de classification précises. Mais l'interprétation varie encore selon les pays, et le dispositif reste en cours de rodage dans la majorité des établissements.

Les questions les plus posées sur la forbearance

Quelle différence entre forbearance performant et non-performant ?

Un client forborne performant est un client qui bénéficie d'une concession (un report de mensualités, une réduction de taux) et qui continue à rembourser selon ces nouvelles modalités. La situation est difficile, mais il honore ses engagements.

Un client forborne non-performant est soit déjà en défaut au moment où la concession est accordée, soit il bascule en défaut malgré la mesure. Autrement dit, même avec un aménagement, il ne parvient plus à rembourser.

Cette distinction est importante parce qu'elle change le niveau de provisionnement exigé par la banque. Un forborne performant reste en bucket 2. Un forborne non-performant glisse en bucket 3, ce qui implique de bloquer beaucoup plus de capital.

Est-ce que la forbearance est obligatoire pour les banques ?

Non, la forbearance n'est pas une obligation légale. Aucune réglementation ne force une banque à accorder une concession à un client en difficulté.

En revanche, si une concession est accordée, elle doit obligatoirement être classifiée et reportée selon les règles EBA. On ne peut pas faire de la forbearance discrètement, sans le déclarer. C'est précisément l'un des garde-fous contre le zombie lending : toute concession laisse une trace dans les reportings réglementaires.

Quelle différence entre forbearance et surendettement ?

La forbearance est une démarche proactive de la banque, initiée avant que la situation soit irrémédiable. C'est la banque qui détecte les signaux, qui propose un aménagement, qui accompagne le client.

Le surendettement, c'est un dispositif légal (Commission de surendettement en France) qui s'enclenche quand la situation est devenue trop dégradée pour être gérée sans intervention extérieure. Le client dépose lui-même un dossier, et c'est une procédure longue qui peut aller jusqu'à l'effacement partiel des dettes.

L'objectif de la forbearance, c'est précisément d'éviter d'en arriver là. Une intervention tôt, même légère, coûte moins cher à tout le monde : banque et client.

Comment automatiser la détection des signaux de fragilité ?

La détection manuelle a une limite évidente : elle est lente. Un conseiller qui examine ses dossiers une fois par semaine arrivera souvent trop tard par rapport à la fenêtre des 30 jours imposée par la réglementation.

Des solutions comme Meelo analysent en continu les comportements financiers via l'Open Banking : baisse des flux entrants, rejets de prélèvements répétés, découverts systématiques, recours à des micro-crédits. Des seuils d'alerte configurables notifient l'équipe crédit dès qu'un profil dépasse un niveau de risque défini, tous les jours, automatiquement, sans qu'un humain ait besoin d'aller chercher l'information.

Le forbearance a-t-il un impact sur le score de crédit du client ?

Oui. Un client classé "forborne" est signalé dans les systèmes internes de la banque et peut l'être dans certains registres réglementaires. Cela peut affecter sa solvabilité perçue et rendre plus difficile l'obtention de nouveaux crédits pendant la période de cure, au minimum deux ans.

C'est une raison supplémentaire d'intervenir tôt et avec la mesure la plus légère possible : plus la concession est importante, plus le dossier est dégradé aux yeux des systèmes de notation. Un simple report de 3 mois accordé au bon moment vaut mieux qu'une restructuration lourde accordée trop tard.

Meelo accompagne la gestion de la forbearance

Meelo détecte la fragilité financière avant le défaut par ses scores qui, en 2 à 5 secondes, évaluent la solvabilité financière du client.

Meelo met à disposition des solutions d'accompagnement dédiées à chaque client en difficulté (analyse du budget du client, évaluation de sa capacité de remboursement...) via son Open Banking connecté à plus de 300 banques et les 400 signaux analysés en continu par l'IA.

Cassandre Nolf
Strategy Marketing Manager