Réglementation

VOP, IBAN et néobanques : ce que la réglementation ne couvre pas

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01.06.2026

Depuis le 9 octobre 2025, la Verification of Payee (VOP) est obligatoire dans toute la zone euro. Cette réglementation impose de vérifier que le nom du bénéficiaire correspond bien à l'IBAN renseigné avant chaque virement SEPA.

Un progrès majeur dans la lutte contre la fraude au virement, mais qui laisse un angle mort considérable : les néobanques.

Or, avec plus de 20 millions de Français détenant au moins un compte dans une banque en ligne ou une néobanque, ce n'est pas un cas marginal. C'est la réalité du marché.

La VOP : ce qu'elle fait, et ce qu'elle ne fait pas

La VOP fonctionne sur un principe simple : au moment d'initier un virement SEPA, votre banque interroge automatiquement la banque destinataire pour confirmer que le titulaire du compte correspond au nom saisi. Si les deux données ne concordent pas, une alerte est déclenchée.

Ce mécanisme est efficace pour les banques traditionnelles déjà connectées au schéma VOP piloté par l'European Payments Council (EPC). Mais il repose sur la participation active de chaque établissement bancaire.

C'est là que le système montre ses limites : les néobanques, établissements de paiement et nouvelles licences bancaires européennes ne sont pas encore intégrés, ou seulement partiellement, dans le réseau VOP.

Quand un client communique un IBAN issu d'une néobanque ou d'un établissement de paiement, la vérification automatique ne peut pas s'effectuer. Le virement part sans confirmation de titularité. L'entreprise reste exposée.

Les néobanques en France et en Europe : un marché qui ne peut plus être ignoré

L'essor des néobanques n'est plus une tendance émergente, c'est une réalité structurelle du marché bancaire.

En France, plus de 20 millions de personnes détiennent au moins un compte dans une banque en ligne ou une néobanque. Revolut revendique à elle seule 5 millions d'utilisateurs en France en 2025, contre 2,4 millions seulement deux ans plus tôt. BoursoBank atteint 7,2 millions de clients. Et 78 % des clients français déclarent utiliser au moins un service de fintech ou de néobanque, soit une progression de 11 points depuis 2021.

La multi-bancarisation s'installe durablement. Les clients n'ont plus une seule banque : ils en ont deux, parfois trois. Une banque traditionnelle pour le crédit immobilier, une néobanque pour les dépenses courantes, une autre pour les voyages. L'IBAN qu'ils communiquent pour un remboursement ou un prélèvement peut provenir de n'importe lequel de ces établissements.

À l'échelle européenne, le marché des néobanques dépasse aujourd'hui 100 millions d'utilisateurs actifs. Monzo au Royaume-Uni, N26 en Allemagne, Bunq aux Pays-Bas : l'offre est abondante et l'adoption rapide. Le cadre réglementaire, s'il protège mieux les consommateurs, n'a pas encore rattrapé la vitesse d'intégration de ces acteurs dans les systèmes de vérification interbancaire.

Pourquoi les néobanques échappent à la VOP

Les néobanques opèrent sous différents statuts réglementaires : certaines détiennent une licence bancaire complète (comme Revolut au Royaume-Uni ou N26 en Allemagne), d'autres fonctionnent comme établissements de monnaie électronique ou établissements de paiement. Ces différences de statut créent une hétérogénéité dans la manière dont elles s'intègrent aux schémas de paiement traditionnels.

Le schéma VOP repose sur une infrastructure de répertoire centralisé (le Proxy Lookup Service de l'EPC), auquel chaque participant doit se connecter activement et maintenir ses données à jour. Pour les banques traditionnelles, qui participent au système SEPA depuis des décennies, l'intégration est relativement directe. Pour les néobanques, dont les architectures techniques sont plus modernes mais dont la connectivité aux systèmes interbancaires historiques est moindre, l'intégration prend du temps.

Par ailleurs, certaines néobanques émettent des IBAN sous-délégués via des banques partenaires : techniquement, l'IBAN appartient à la banque partenaire, mais le compte est opéré par la néobanque. Cette architecture rend la vérification encore plus complexe pour les systèmes qui ne connaissent que l'IBAN de surface.

Le risque concret pour les entreprises

Un angle mort de vérification n'est jamais anodin. Pour les entreprises qui effectuent des versements (remboursements, indemnisations, rachats, virements de trop-perçu), un IBAN de néobanque non vérifié crée trois risques distincts.

Le premier est la fraude au changement de RIB. Un fraudeur fournit l'IBAN d'une néobanque à la place du vrai IBAN du client. La VOP ne peut pas détecter l'anomalie. Le virement part. Les fonds sont perdus.

Le deuxième est le risque de conformité. Les obligations de vérification d'identité bancaire (Know Your Customer, lutte contre le blanchiment) imposent de confirmer que le compte appartient bien au client déclaré. Un IBAN de néobanque non vérifié constitue une lacune documentaire qui peut être problématique en cas de contrôle.

Le troisième est opérationnel. Un rejet ou un blocage découvert en fin de parcours, au moment du virement, oblige les équipes à reprendre manuellement des dossiers déjà validés. Un coût caché que les entreprises sous-estiment systématiquement.

La solution : intégrer la vérification IBAN au parcours KYC

La VOP est un mécanisme de vérification ponctuel, déclenché au moment d'un virement SEPA. Elle ne couvre pas les néobanques. Des solutions de vérification IBAN spécialisées existent pour combler ce manque, mais les additionner crée de la complexité opérationnelle : plusieurs outils à intégrer, plusieurs flux à maintenir, plusieurs points de défaillance potentiels.

L'approche la plus robuste consiste à intégrer la vérification IBAN directement dans le parcours KYC, comme un contrôle natif parmi les autres. Tous les établissements sont couverts, banques traditionnelles et banques en ligne, sans outillage supplémentaire. La vérification intervient en amont du parcours, avant la validation du dossier, pas au moment du virement. Aucun dossier n'est bloqué pour cause de banque non couverte.

Ce que ça change concrètement pour votre entreprise

Si vos clients sont multi-bancarisés (et statistiquement, ils le sont de plus en plus), vous avez déjà reçu des IBAN de néobanques. La question n'est plus de savoir si vous allez rencontrer ce cas, mais de savoir si vous êtes équipé pour le gérer.

La conformité VOP prise seule ne suffit pas. Elle protège pour les établissements qui y participent. Pour le reste, un périmètre qui représente des millions de clients en France, il faut une solution complémentaire basée sur l'open banking avec une couverture totale des établissements.

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Cassandre Nolf
Strategy Marketing Manager